11 Insee Références – Édition 2024 – Vue d’ensemble – Un panorama de l’agriculture en France fortement déficitaire pour les produits transformés à base de fruits ou légumes et ceux à base de poissons, ainsi que pour les huiles et graisses. Le secteur des viandes, excédentaire jusqu’au milieu des années 2000, est déficitaire depuis. Des importations nécessaires pour couvrir les besoins nationaux de certains produits Certaines productions sont structurellement excédentaires (avec un taux d’auto‑approvisionnement supérieur à 1), tels les céréales, le sucre, le vin et les produits laitiers, qui sont largement exportés et contribuent fortement au solde positif des échanges agroalimentaires avec les autres pays [FranceAgriMer, 2023]. De fortes exportations peuvent aussi aller de pair avec de fortes importations pour la consommation intérieure, pour des produits à des stades de production différents. Ainsi, la France est productrice et exportatrice de blé dur, mais importe environ les deux tiers des pâtes alimentaires consommées sur le territoire. D’autres productions sont au contraire structurellement déficitaires, tels le riz, l’huile de palme, les fruits tropicaux et le soja, et ne suffisent pas aux besoins nationaux. Il ne s’agit pas exclusivement de productions nécessitant des climats peu ou pas présents en France. Certaines productions de climat tempéré sont aussi déficitaires, tels la viande ovine ou les fruits et légumes, que les Français consomment aussi en dehors des saisons habituelles de la production nationale encadré 1, ou les produits de la pêche. Un secteur économique exposé à de nombreux aléas Les volumes produits par les exploitations agricoles sont sensibles aux conditions climatiques. En 2016 par exemple, du fait de températures excessives en fin d’automne et de précipitations excessives au printemps, préjudiciables au développement du blé et favorables à celui des maladies [Ben‑Ari et al., 2018], les rendements du blé ont fortement chuté (‑25 %), et avec eux le volume de la production. En 2021, un épisode de gel début avril après une floraison précoce a fortement entamé le potentiel de production des fruits d’été (cerise, abricot, pêche, etc.). Le secteur agricole, outre des variations de volume, est aussi exposé à une forte volatilité des prix. Pour produire, les exploitants agricoles utilisent des intrants dont la variabilité des prix est à la fois forte et rapide figure 2. Pour certains intrants, le prix dépend fortement des conditions météorologiques, qui influent par exemple sur le coût de l’alimentation animale, en partie constituée de céréales. Dans une économie agricole fortement internationalisée, le prix des intrants peut aussi dépendre des 2. Évolution mensuelle des prix des intrants pour la production agricole depuis 2005 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 50 75 100 125 150 175 200 225 250 indice base 100 en 2015 Ensemble des intrants Énergie et lubrifiants Engrais et amendements Aliments des animaux Lecture : En octobre 2023, l’indice des prix des engrais et amendements est de 137,0, soit une hausse de 37,0 % par rapport aux prix de 2015. Il était de 220,4 en octobre 2022. Champ : Consommations intermédiaires utilisées par les exploitants pour leur activité agricole (intrants), hors biens d’investissement. Source : Insee, indice des prix d’achat des moyens de production agricole (IPAMPA).
12 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 conditions géopolitiques (tension sur l’approvisionnement, embargo) qui peuvent faire varier le prix des céréales utilisées pour l’alimentation des animaux, ou le prix de l’énergie qui influe ensuite sur celui des engrais minéraux (dont la production nécessite notamment du gaz naturel). Comme le notent Charrière et Sauvaget (2023), « la hausse du prix des moyens de production est souvent forte les années de crise (crises financière et alimentaire en 2007/2008, faibles récoltes en 2011, crise sanitaire en 2020/2021, guerre en Ukraine en 2022). […] L’accélération du prix des intrants en 2022 est en premier lieu la conséquence de la guerre en Ukraine, alors que la reprise économique mondiale post Covid de 2021 était déjà à l’origine d’une forte pression sur les marchés des engrais et de l’énergie. […] Ensuite, les stocks limités et la réduction puis l’arrêt des approvisionnements en gaz russe, pèsent à la fois directement, comme intrants des exploitations agricoles, et indirectement comme éléments nécessaires à la fabrication des engrais azotés, dont les prix augmentent considérablement. Enfin, la forte demande mondiale en matières premières agricoles ainsi que les tensions à l’exportation des récoltes de céréales et oléagineux en 2022 autour de la mer Noire contribuent à la hausse également très élevée des cours de ces matières premières, entraînant celle, bien que plus limitée, des aliments pour animaux de ferme. » Les prix à la production des produits agricoles, mesurés par les prix auxquels les exploitants agricoles vendent leurs produits au premier acheteur (coopératives, etc.), sont eux aussi très volatils figure 3. Ils évoluent en fonction des coûts nécessaires à la production, mais aussi des tensions entre offre et demande et de la situation géopolitique. 3. Évolution du prix mensuel à la production des produits agricoles depuis 2005 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150 160 indice base 100 en 2015 IPAMPA IPPAP 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 Note : L’indice des prix des produits agricoles à la production (IPPAP) permet de mesurer l’évolution des prix perçus par les agriculteurs en contrepartie des produits qu’ils livrent. L’indice des prix d’achat des moyens de production agricole (IPAMPA) suit l’évolution mensuelle des prix des biens et services utilisés par les exploitants dans leur activité agricole (intrants de production et dépenses d’investissement). Lecture : En octobre 2023, l’indice des prix des produits agricoles à la production est de 133,3, soit une hausse de 33,3 % par rapport aux prix de 2015. Il était de 148,2 en octobre 2022. Sources : Insee, indice des prix d’achat des moyens de production agricole (IPAMPA) ; Insee-Agreste, indice des prix des produits agricoles à la production (IPPAP). Les résultats économiques des exploitations agricoles sont très variables d’une année à l’autre et selon les orientations de production Les résultats économiques des exploitations agricoles dépendent donc fortement des contextes météorologiques et géopolitiques. L’excédent brut d’exploitation (EBE), qui reflète la capacité de l’entreprise à générer des ressources du seul fait de son activité agricole, varie ainsi fortement selon les années figure 4. En 2022, l’EBE s’établit à 115 700 euros en moyenne par exploitation agricole [Devauvre, 2023], soit 84 080 euros par exploitant (plusieurs exploitants peuvent gérer une même exploitation).
13 Insee Références – Édition 2024 – Vue d’ensemble – Un panorama de l’agriculture en France Il varie fortement selon la taille économique de l’exploitation, et sa spécialisation (orientation technico-économique – Otex). Les résultats économiques des exploitations agricoles sont plus élevés dans les grandes exploitations, et dans les exploitations orientées dans la production de grandes cultures (notamment céréales et oléoprotéagineux) : l’EBE médian y est en général plus élevé. Après remboursement des annuités d’emprunts et paiement des cotisations sociales des exploitants, le solde disponible par actif non salarié est de 49 580 euros par exploitant [Devauvre, 2023]. Ces résultats sont souvent volatils, notamment pour les céréales et oléoprotéagineux ainsi que les élevages de porc, dépendant notamment des conditions climatiques et des fluctuations des prix sur les marchés mondiaux figure 4. Des exploitations de plus en plus grandes, et des structures d’entreprise qui ont évolué La production agricole se concentre au fil des années au sein d’exploitations moins nombreuses et plus grandes [Depeyrot, Hugonnet, 2024, dans cet ouvrage ; Forget et al., 2019] figure 5. En 2020, 4. Excédent brut d’exploitation (EBE) par exploitant agricole depuis 2002, selon l’orientation de la production 0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2022 en milliers d'euros Ensemble des productions végétales et animales Maraîchage Céréales, oléoprotéagineux Viticulture a. Orientation de production végétale 0 20 40 60 80 100 120 140 160 180 2002 2004 2006 2008 2010 2012 2014 2016 2018 2020 2022 en milliers d'euros Ensemble des productions végétales et animales Bovins lait Bovins viande Porcins b. Orientation de production animale Note : Les exploitants agricoles sont comptés en équivalent temps plein (ETP). Lecture : En 2022, toutes orientations de production confondues, l’EBE par exploitant agricole est en moyenne de 84 080 euros. Champ : France métropolitaine jusqu’en 2019, puis France métropolitaine, Guadeloupe et La Réunion depuis 2020. Source : Agreste, RICA.
14 Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires – Insee Références – Édition 2024 5. Nombre d’exploitations et surface agricole utilisée (SAU) moyenne, selon les années 0 200 400 600 800 1 000 1 200 1 400 1 600 1970 1979 1988 2000 2010 2020 0 10 20 30 40 50 60 70 80 Surface moyenne en hectares en milliers Nombre d'exploitations (échelle de droite) Lecture : En 2020, les 390 000 exploitations agricoles de France métropolitaine ont en moyenne une surface agricole utilisée (SAU) de 68,6 hectares. Champ : France métropolitaine. Source : Agreste, recensements agricoles. 390 000 exploitations ont été recensées en France métropolitaine, contre 490 000 en 2010 et 664 000 en 2000 [Barry, Polvêche, 2022] fiche 2.3. Leur taille s’élève en moyenne à 69 hectares (ha) de surface agricole utilisée (SAU), contre 55 ha en 2010 et 42 ha en 2000. Le rythme de baisse du nombre des exploitations s’est toutefois ralenti : ‑2,3 % par an en moyenne entre 2010 et 2020, contre ‑3,0 % par an entre 2000 et 2010. Il en est de même pour la hausse des surfaces moyennes : +2,2 % contre +2,7 %. Par ailleurs, les exploitations ont tendance à davantage se spécialiser. Les exploitations en polyculture‑polyélevage continuent ainsi leur décrue : elles représentent 10 % des exploitations en 2020, contre 12 % en 2010 et 15 % en 2000 [Agreste, 2024]. La spécialisation en grandes cultures s’accentue en revanche : 29 % des exploitations en 2020, contre 24 % en 2010, suivie par la viticulture (15 % contre 14 %). Les formes juridiques continuent d’évoluer. Les entreprises individuelles restent majoritaires, mais diminuent : 58 % des exploitations en 2020, contre 70 % en 2010 fiche 2.4. Les formes sociétaires se développent donc. Il s’agit le plus souvent d’exploitations agricoles à responsabilité limitée (EARL, 19 % des exploitations), ou de groupements agricoles d’exploitation en commun (GAEC, 11 %), où tous les associés sont des exploitants. Les grandes exploitations privilégient les formes sociétaires. Les exploitants sont de plus en plus âgés : 25 % ont 60 ans ou plus en 2020, contre 20 % en 2010 [Barry, 2022] fiche 2.7. La question de la succession se pose donc. Parmi les exploitations avec au moins un exploitant de 60 ans ou plus en 2020 (27 % des exploitations), 34 % ne prévoient pas de changer d’exploitants dans les trois ans, 20 % seraient reprises par un membre de la famille, 6 % par une autre personne, et 6 % seraient absorbées par une ou plusieurs autres exploitations (dans le cadre d’un agrandissement) [Barry, 2022]. Dans le tiers restant des cas, les exploitants ne savent pas encore ce que deviendra leur exploitation. Le modèle de l’exploitation familiale cède du terrain Le modèle de l’exploitation familiale laisse place progressivement à d’autres formes d’organisations [Forget et al., 2019]. Reprendre la ferme des parents reste la situation la plus fréquente, mais l’installation hors cadre familial se développe : en 2020, 61 % des exploitations avec un chef d’exploitation installé après 2010 ont à leur tête un chef qui a repris l’exploitation familiale, contre 77 % de celles avec un chef installé avant 2010 fiche 2.8. L’emploi agricole s’est réduit et il s’est aussi transformé [Barry, 2022 ; Givois, 2022] fiche 2.5. Les exploitants (et co‑exploitants dans les formes sociétaires) constituent toujours la plus grande part du travail agricole (près de 60 % des emplois en équivalent temps plein (ETP) en 2020 comme