64 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 Encadré 1 – Quartiers pauvres et quartiers prioritaires de la politique de la ville La finalité des quartiers pauvres mobilisés dans le cadre de ce dossier diffère de celle des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Les quartiers pauvres sont définis à des seules fins d’étude, notamment pour permettre la comparaison avec les quartiers aisés, eux‑mêmes constitués en déclinant une même méthodologie. Les QPV sont quant à eux un instrument de la politique de la ville, dont la constitution est pilotée par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) en concertation avec les acteurs locaux et dont les critères de définition et la liste sont fixés par décret. De ce fait, et si la méthode de constitution des quartiers pauvres est inspirée de celle ayant orienté la définition des QPV, elle s’en distingue sur plusieurs plans : revenu pris en compte (revenu déclaré par unité de consommation pour les QPV, niveau de vie pour les quartiers pauvres), taille minimale des quartiers (1 000 habitants pour les QPV, 500 habitants pour les quartiers pauvres), mode de calcul du seuil de bas revenus de l’unité urbaine (pondération différente du national et du local, coefficients de pauvreté différents), traitement de l’unité urbaine de Paris. Par ailleurs, les quartiers pauvres sont des amas de carreaux de 200 mètres de côté, quand les QPV ont fait l’objet d’un dessin plus fin à partir des rues et des immeubles. L’ensemble de ces éléments conduit logiquement à un recoupement seulement partiel entre quartiers pauvres (4,3 millions d’habitants dont 1,0 million dans l’unité de Paris) et QPV (5,5 millions d’habitants, dont 1,7 million dans l’unité de Paris) : 76 % de la population des quartiers pauvres est localisée en QPV ; inversement, 64 % de la population des QPV est localisée en quartier pauvre. Différents dans leur finalité et dans leurs modalités de construction, quartiers pauvres et QPV n’ont donc pas vocation à être comparés. Si la définition des quartiers pauvres (et des quartiers aisés) vise à proposer un éclairage nouveau sur la structuration des espaces urbains dans le cadre de ce dossier, les QPV, actualisés le 1er janvier 2024 en France métropolitaine (et dont l’actualisation est prévue le 1er janvier 2025 dans les DOM), constituent le zonage de référence pour analyser la politique de la ville [Cohen C., Potin‑Finette A., 2024]. La part d’habitants en quartier pauvre est proche de celle en quartier aisé dans les unités urbaines de plus de 100 000 habitants, hors unité urbaine de Paris (12 % contre 13 %). Au contraire, dans les unités urbaines de 10 000 à 100 000 habitants, la part de la population en quartier pauvre est près du double de celle en quartier aisé (8 % contre 4 %). Pour l’unité urbaine de Paris, la définition des quartiers est reproduite avec les mêmes coefficients de bas et hauts revenus qu’hors Paris, sans cibler de couverture de population précise. Ainsi, les 177 quartiers pauvres, regroupant 1,0 million de personnes (10 % de la population de l’unité urbaine de Paris), sont majoritairement situés en Seine‑Saint‑Denis (600 000 habitants) et dans le Val d’Oise (150 000 habitants). 140 quartiers aisés regroupent 3,8 millions d’habitants (35 % de la population de l’unité urbaine de Paris) et sont très présents à Paris (1 350 000 habitants), dans les Hauts-de-Seine (1 000 000 d’habitants) et dans les Yvelines (530 000 habitants). Dans l’ensemble, 30 % des unités urbaines de plus de 10 000 habitants possèdent au moins un quartier pauvre et un quartier aisé, 27 % au moins un quartier pauvre mais pas de quartier aisé, 10 % au moins un quartier aisé mais pas de quartier pauvre et 33 % ni quartier pauvre ni quartier aisé. À l’exception d’Annecy (sans quartier pauvre), toutes les unités urbaines de plus de 100 000 habitants possèdent au moins un quartier aisé et au moins un quartier pauvre. Par exemple, dans l’unité urbaine de Marseille‑Aix‑en‑Provence, 21 % des habitants résident dans des quartiers pauvres et 20 % dans des quartiers aisés, alors que dans celle de Béthune, 4 % résident dans des quartiers pauvres et 2 % dans des quartiers aisés figure 4. Les unités urbaines ne possédant qu’un seul type de quartier sont en général de plus petite taille (en moyenne 25 000 habitants). Celles ne possédant ni quartier pauvre ni quartier aisé le sont encore plus (en moyenne 15 000 habitants).
65 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Qui habite dans les quartiers les plus pauvres et les plus aisés de France ? Les quartiers ainsi définis organisent le territoire et, presque toujours, les quartiers pauvres d’une unité urbaine se situent au sein de la ville‑centre ou très proche de celle‑ci (ou de celles‑ci dans le cas d’une unité urbaine multi‑centres). En dehors de ces villes‑centres, les quartiers aisés sont largement majoritaires. Les organisations spatiales des unités urbaines diffèrent surtout au sein des villes‑centres et plusieurs grands types d’organisation se distinguent. Certaines d’entre elles sont très polarisées, comme à Marseille figure 5, où les quartiers pauvres se concentrent au nord de la ville alors que les quartiers aisés occupent l’espace au sud et à l’est. Les grandes disparités de niveau de vie dans la ville y entraînent une large couverture (en termes de surface) des quartiers pauvres ou aisés. Dans d’autres villes, l’hypercentre regroupe les quartiers aisés alors que la périphérie abrite les quartiers les plus pauvres, par exemple à Strasbourg et à Reims. À l’inverse, l’hypercentre de certaines villes est composé de quartiers pauvres et la périphérie de quartiers aisés, comme c’est le cas à Perpignan et à Mulhouse. D’autres villes semblent moins polarisées, comme Toulouse et Rouen, où les quartiers pauvres et aisés sont davantage dispersés. Les quartiers aisés occupent en moyenne une bien plus grande surface que les quartiers pauvres encadré 2. En particulier, dans l’unité urbaine de Clermont-Ferrand, 20 % de la surface des carreaux peuplés correspondent aux quartiers aisés, contre 4 % aux quartiers pauvres alors que la part de la population en quartier pauvre est la même que celle en quartier aisé (11 %). 4. Part de la population en quartier pauvre et aisé dans les unités urbaines de plus de 100 000 habitants en 2021 1,0 2,0 5,0 10,0 Part de la population en quartier aisé (en %) Part de la population en quartier pauvre (en %) 0 5 10 15 20 25 30 0 10 20 Paris Thionville Annecy Nice Lyon Perpignan Clermont- Ferrand Douai-Lens Maubeuge (partie française) Avignon Béthune Genève-Annemasse Saint-Denis de La Réunion Marseille-Aix-en-Provence Population de l’unité urbaine (en millions d’habitants en 2020) Lecture : En 2021, dans l’unité urbaine de Paris, la part de la population en quartier pauvre est de 10 %, et la part de la population en quartier aisé est de 35 %. Champ : France métropolitaine, Martinique et La Réunion, unités urbaines de plus de 100 000 habitants, personnes appartenant à des ménages fiscaux vivant dans un logement ordinaire dont le revenu disponible est positif ou nul. Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2021 ; Insee, recensement de la population 2020 pour la part de la population en quartier et pour la population de l’unité urbaine ; calculs Insee pour la définition des quartiers.
66 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 Encadré 2 – Les quartiers aisés occupent une surface cinq fois plus vaste que les quartiers pauvres Dans les unités urbaines en dehors de celle de Paris, les quartiers pauvres occupent 480 km², soit 2 % des carreaux peuplés. Les quartiers aisés, quant à eux, occupent 2 480 km² (10 % des carreaux peuplés), soit une surface 5,2 fois plus vaste, alors que, par construction, ils accueillent globalement autant d’habitants. Cet écart s’explique principalement par le type d’habitat, la surface des logements, et la taille des ménages, qui diffèrent entre les types de quartiers. En particulier, la part des appartements parmi les résidences principales est beaucoup plus élevée dans les quartiers pauvres (84 %) que dans les quartiers aisés (40 %). Paris intra‑muros est une exception : 97 % des résidences principales sont des appartements, avec peu de différences entre les quartiers pauvres, aisés ou hors de ces quartiers. La proportion d’appartements dans les quartiers pauvres est très homogène géographiquement, proche de 85 %. Seul le Nord (principalement les unités urbaines de Lille, Valenciennes, Douai‑Lens) et le Pas‑de‑Calais (Calais, Arras, Boulogne‑sur‑Mer) s’écartent fortement de cette moyenne, avec respectivement 65 % et 61 % des résidences principales dans les quartiers pauvres qui sont des appartements. À l’inverse, la proportion d’appartements dans les quartiers aisés est beaucoup plus dispersée et augmente en fonction de la taille de l’unité urbaine : de 19 % pour les unités urbaines de moins de 20 000 habitants à 42 % pour celles de plus de 200 000 habitants et 79 % pour l’unité urbaine parisienne. De plus, la surface des résidences principales des quartiers aisés est plus grande que dans les quartiers pauvres. Alors que 33 % des résidences principales des quartiers aisés ont une surface de plus de 100 m², cette proportion est de 6 % dans les quartiers pauvres. 5. Quartiers pauvres et aisés dans quelques unités urbaines (Marseille-Aix-en-Provence, Strasbourg, Perpignan, Rouen) Perpignan Rouen Marseille Strasbourg Quartiers pauvres Quartiers aisés © IGN-Insee 2022 Lecture : Dans l’unité urbaine de Strasbourg, les quartiers aisés se situent dans le centre-ville de Strasbourg et le périurbain alors que les quartiers pauvres se situent en banlieue de la ville. Champ : Unité urbaine de Marseille-Aix-en-Provence, Strasbourg, Perpignan et Rouen. Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2021 ; calculs Insee pour la définition des quartiers.
67 Insee Références – Édition 2024 – Dossiers – Qui habite dans les quartiers les plus pauvres et les plus aisés de France ? Un niveau de vie médian plus de deux fois plus élevé dans les quartiers aisés que dans les quartiers pauvres Le niveau de vie médian des quartiers aisés est plus de deux fois plus élevé que celui des quartiers pauvres, que ce soit dans l’unité urbaine de Paris (2 940 euros mensuels, contre 1 280 euros), ou dans les autres unités urbaines possédant des quartiers pauvres ou aisés (2 740 euros contre 1 180 euros) figure 6. Toutefois, même si les quartiers aisés abritent, par définition, une majorité de personnes au niveau de vie élevé, ils accueillent aussi des populations précaires : 3,4 % des habitants des quartiers aisés hors Paris appartiennent au premier dixième de niveau de vie de leur unité urbaine, et 5,0 % dans l’unité urbaine de Paris. À l’inverse, mais dans une moindre mesure, quelques habitants des quartiers pauvres appartiennent au dixième le plus aisé (1,3 % hors Paris, et 0,4 % à Paris). Les quartiers pauvres sont en effet moins mixtes que les quartiers aisés : le rapport interdécile des niveaux de vie est de 2,9 dans les quartiers pauvres des unités urbaines en dehors de Paris, contre 3,6 dans les quartiers aisés. 6. Niveaux de vie et inégalités de revenus selon le type d’espace Espace Population Niveau de vie médian Niveau de vie Rapport interdécile des niveaux de vie Part de la population appartenant au 1er décile 9e décile premier dixième de niveau de vie de l’UU dernier dixième de niveau de vie de l’UU (en millions d’habitants) (en euros mensuels) (en %) Quartiers pauvres Dans l’UU de Paris 1,0 1 280 690 2 240 3,27 24,4 0,4 Hors UU de Paris 3,3 1 180 710 2 080 2,94 26,2 1,3 Quartiers aisés Dans l’UU de Paris 3,8 2 940 1 320 6 040 4,59 5,0 22,8 Hors UU de Paris 3,2 2 740 1 470 5 240 3,56 3,4 27,0 Environnement urbain Dans l’UU de Paris 6,0 1 890 920 3 350 3,64 10,4 3,9 Hors UU de Paris 24,0 1 870 1 000 3 200 3,22 8,7 8,8 UU de plus de 10 000 habitants ne possédant pas de quartier 2,5 1 890 1 090 3 070 2,82 10,0 10,0 Espace hors UU de plus de 10 000 habitants 22,3 1 930 1 120 3 150 2,83 10,0 10,0 Lecture : 3,3 millions de personnes habitent dans les quartiers pauvres situés dans des unités urbaines (UU) de plus de 10 000 habitants (hors celle de Paris). Leur niveau de vie mensuel médian est de 1 180 euros. Champ : France métropolitaine, Martinique et La Réunion, personnes appartenant à des ménages fiscaux vivant dans un logement ordinaire dont le revenu disponible est positif ou nul pour la médiane, les déciles et rapport interdécile de niveau de vie. Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, fichier localisé social et fiscal (Filosofi) 2021 pour les indicateurs de niveau de vie ; Insee, recensement de la population 2020 pour la population ; calculs Insee pour la définition des quartiers. Une population plus jeune dans les quartiers pauvres que dans les quartiers aisés La population vivant dans les quartiers pauvres est plus jeune que celle des quartiers aisés et que celle de leur environnement urbain figure 7. En effet, la moyenne d’âge dans les quartiers pauvres est de 35,3 ans, contre 42,1 ans dans les quartiers aisés, et 40,6 ans dans l’environnement urbain. Ainsi, 18 % des habitants des quartiers pauvres ont 60 ans ou plus, contre 27 % dans les quartiers aisés, et 25 % dans l’environnement urbain. Cet écart est encore plus marqué dans certains territoires. Moins d’un quart des habitants des quartiers pauvres des Landes (dans les unités urbaines de Mont‑de‑Marsan, Dax et Capbreton) et de Charente‑Maritime (La Rochelle, Royan, Rochefort et Saintes) ont 60 ans ou plus, contre près de la moitié des habitants dans les quartiers aisés de ces territoires. À l’inverse, l’écart d’âge entre quartiers aisés et quartiers pauvres d’un même département est le plus faible à Paris et en Martinique, où respectivement environ 23 % et 28 % des habitants des quartiers pauvres ou aisés ont 60 ans ou plus.