160 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023 6.5 Discriminations En 2019‑2020, 17 % de la population de 18 à 59 ans vivant en France métropolitaine déclare avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années figure 1. Cette proportion est plus élevée chez les immigrés (24 %) et leurs descendants (25 %), ainsi que chez les natifs d’Outre‑mer (29 %) et leurs descendants (33 %), qu’au sein de la population sans ascendance migratoire ou ultramarine directe (14 %). Les immigrés d’Afrique subsaharienne et leurs descendants sont les plus concernés par ces déclarations de traitements inégalitaires, tandis que leur fréquence chez les immigrés d’Asie du Sud‑Est (16 %) et les descendants d’immigrés d’Europe du Sud (12 %) est proche de celle déclarée parmi les personnes sans ascendance migratoire. Si le sentiment de discrimination recule à la deuxième génération pour les personnes originaires de l’Union européenne (UE) à 27 (13 % pour les descendants, contre 20 % pour les immigrés), il augmente pour les descendants d’immigrés du Maghreb (+ 10 points), d’Afrique subsaharienne (+ 5 points), d’Asie du Sud‑Est (+ 12 points) et de Turquie ou du Moyen‑Orient (+ 9 points) par rapport aux immigrés des mêmes régions. Le motif de traitements inégalitaires le plus souvent cité par les immigrés est leur origine : 80 % des immigrés ayant déclaré avoir subi une discrimination ont déclaré que celle‑ci était liée à leur origine, leur nationalité ou leur couleur de peau. Bien que moindre, ce motif est également le plus fréquent pour leurs descendants toutes origines confondues (69 %) et demeure très fréquemment cité par les descendants d’origine non européenne (89 % des descendants d’Afrique subsaharienne notamment). Les personnes sans ascendance migratoire ou ultramarine déclarent quant à elles plus souvent être discriminées en raison de leur sexe (37 %) – ce résultat étant largement porté par les femmes. Parmi les personnes sans ascendance migratoire directe déclarant avoir été discriminées en raison de leurs origines, près d’un quart a au moins un grand‑parent immigré fiche 1.10 et donc un lien à la migration, même s’il est plus lointain. Si seules 7 % des personnes ayant vécu un traitement inégalitaire déclarent que celui‑ci était lié à leur religion, ce motif est plus important pour les personnes originaires de pays où la religion musulmane est majoritaire : les immigrés d’Algérie (20 %) et leurs descendants (23 %), les immigrés et descendants d’immigrés du Maroc et de Tunisie (30 %), ainsi que les immigrés de Turquie ou du Moyen‑Orient (25 %) et leurs descendants (29 %) citent ce motif beaucoup plus fréquemment que la population sans ascendance migratoire ou ultramarine (2 %), les natifs d'Outre-mer (4 %) ou leurs descendants (1 %). La mention de ce motif a par ailleurs augmenté au cours des dix dernières années. Le premier lieu d’expérience de discriminations est, de loin, le marché du travail, que ce soit sur le lieu de travail ou dans la recherche d’un emploi : 53 % des immigrés et de leurs descendants ayant connu des discriminations déclarent que celles‑ci ont entre autres eu lieu dans ce contexte, ainsi que 58 % des natifs d’Outre‑mer et 59 % de leurs descendants ; ils sont un peu plus nombreux, 64 %, parmi la population sans ascendance migratoire figure 2. Le deuxième contexte le plus souvent cité est l’interaction avec des administrations ou des services publics : il est cité par un quart des natifs d'Outre-mer, et un peu plus d’un quart des immigrés, de leurs descendants, et des descendants de natifs d'Outre-mer ayant vécu des discriminations ; il est aussi cité par 17 % de la population sans ascendance migratoire. Si les discriminations sur le marché du logement sont rarement citées par l’ensemble de la population déclarant avoir connu des discriminations (9 %), elles concernent un peu plus souvent les immigrés et les natifs d'Outre-mer (13 %). Les immigrés déclarent rarement avoir vécu des discriminations à l’école, au cours de leurs études ou de leur formation (10 %) ; pour leurs descendants, ayant en grande majorité effectué leur parcours scolaire et étudiant en France, ce contexte est deux fois plus souvent cité. Définitions Immigrés, descendants d’immigrés : voir Glossaire. Pour en savoir plus « En dix ans, le sentiment de discrimination augmente, porté par les femmes et le motif sexiste », Insee Première n° 1911, juillet 2022.
161 Insee Références – Édition 2023 – Fiche 6.5 – Discriminations 1. Déclaration de traitements inégalitaires ou de discriminations subis, par motif et par ascendance migratoire ou ultramarine en % A déclaré avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années1 Motifs cités par les personnes ayant déclaré avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations2 Origine, nationalité, couleur de peau Sexe Âge Religion État de santé ou handicap Lieu de résidence, quartier Autres3 Origine Immigrés, dont : 24 80 10 5 13 3 4 26 Algérie 25 82 5 6 20 3 6 20 Maroc, Tunisie 25 81 7 4 30 3 5 16 Afrique sahélienne 34 92 6 2 9 3 4 18 Afrique guinéenne ou centrale 40 89 6 5 2 2 2 20 Asie du Sud-Est 16 85 13 8 2 2 3 29 Turquie, Moyen-Orient 20 72 6 4 25 3 2 42 Chine 27 88 13 2 1 2 2 30 Europe du Sud 19 63 11 5 4 7 3 43 Autres pays de l’UE27 22 66 24 5 5 4 7 36 Descendants d’immigrés, dont : 25 69 20 11 18 5 10 22 Algérie 35 77 15 14 23 4 9 22 Maroc, Tunisie 34 74 15 9 30 3 10 21 Afrique sahélienne 41 88 13 9 17 3 16 13 Afrique guinéenne ou centrale 46 90 24 18 5 4 16 22 Asie du Sud-Est 29 80 23 8 0 10 9 19 Turquie, Moyen-Orient 28 75 13 6 29 7 7 25 Europe du Sud 12 40 31 13 4 11 8 28 Autres pays de l’UE27 15 19 36 12 0 10 3 24 Natifs d’Outre-mer 29 82 15 9 4 4 4 37 Descendants de natifs d’Outre-mer 33 81 23 10 1 8 9 21 Sans ascendance migratoire ou ultramarine directe 14 17 37 18 2 10 5 31 Âge 18 à 30 ans 20 44 30 23 7 8 8 34 31 à 40 ans 18 43 37 7 10 5 6 27 41 à 50 ans 16 36 23 7 5 9 6 29 51 à 59 ans 14 31 21 19 3 11 1 21 Sexe Femmes 20 31 44 15 7 9 5 31 Hommes 14 52 6 13 7 7 7 25 Ensemble 17 39 28 14 7 8 6 29 1 La question posée était la suivante : « Au cours des cinq dernières années, pensez-vous avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations ? ». 2 Une personne peut déclarer plusieurs motifs de traitements inégalitaires ou de discriminations. 3 Accent ou façon de parler, situation familiale, orientation sexuelle, façon de s’habiller, poids, grossesse, apparence physique, nom ou prénom, autres ou ne sait pas. Lecture : en 2019-2020, 24 % des immigrés déclarent avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années. Parmi eux, 10 % ont déclaré que ces discriminations étaient dues à leur sexe. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020). 2. Contextes de discriminations les plus souvent cités Transports Études (école, université, formation) Immigrés Descendants d’immigrés Natifs d’Outre-mer Descendants de natifs d’Outre-mer Sans ascendance migratoire ou ultramarine Ensemble 0 10 20 30 40 50 60 70 en % Emploi (lieu de travail ou recherche d’emploi) Services publics (mairie, poste, Pôle emploi, police, etc.) Note : la question posée aux personnes ayant déclaré avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations était la suivante : « Où ces expériences se sont-elles produites ? ». Plusieurs réponses pouvaient être données. Lecture : en 2019-2020, 19 % des immigrés ayant déclaré avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations dans les cinq dernières années déclarent que ceux-ci ont eu lieu dans les transports. Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire ayant déclaré avoir subi des traitements inégalitaires ou des discriminations au cours des cinq dernières années. Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020).
162 Immigrés et descendants d’immigrés en France – Insee Références – Édition 2023
6.6 Ressentis par rapport à la migration et sentiment d’intégration
En 2019‑2020, 44 % des immigrés de 18 à 59 ans
vivant en France métropolitaine en logement
ordinaire considèrent que leur position sociale
actuelle en France est meilleure que celle qu’ils
avaient dans leur pays d’origine avant leur
migration. 27 % répondent que leur position
sociale est la même qu’avant la migration et
29 % qu’elle s’est détériorée. Sur une échelle
allant de 0 (bas de l’échelle sociale) à 10 (haut
de l’échelle sociale), les immigrés d’Europe du
Sud – qui ont la position sociale estimée la plus
basse avant la migration – estiment en moyenne
que leur position sociale s’est améliorée, de 5,2
avant la migration à 5,5 actuellement figure 1.
Les immigrés du reste de l’Union européenne
(UE) à 27 et d’Asie du Sud‑Est estiment également
en moyenne que leur position sociale est un
peu meilleure aujourd’hui qu’avant la migration.
En revanche, les immigrés d’Afrique, de Chine,
de Turquie et du Moyen‑Orient estiment que
leur position sur l’échelle sociale s’est détériorée
par rapport à leur situation avant la migration.
La baisse la plus forte s’observe pour les
immigrés d’Afrique sahélienne, guinéenne ou
centrale, qui estiment en moyenne avoir perdu
0,5 point dans leur position sur l’échelle sociale.
Ce sentiment de déclassement peut s’expliquer
en partie par la sélectivité de la migration depuis
l’Afrique subsaharienne, les personnes émigrant
en France étant dans une position sociale
relativement élevée dans leur pays d’origine.
Par ailleurs, pour l’ensemble des immigrés, une
moindre maîtrise de la langue française ou une
non‑reconnaissance du diplôme en France
peut participer au déclassement professionnel
fiche 4.6. Les immigrés venus d’Algérie et de
Turquie ou du Moyen‑Orient déclarent également
un déclassement important (− 0,4 point).
Si la très grande majorité (92 %) des immigrés
déclare être « tout à fait d’accord » ou « plutôt
d’accord » avec l’affirmation « Je me sens chez
moi en France », 7 % des immigrés ont répondu
n’être « plutôt pas d’accord » ou « pas du tout
d’accord » avec celle‑ci figure 2. En particulier,
11 % des immigrés d’origine chinoise et d’Afrique
subsaharienne n’ont pas le sentiment d’être chez
eux en France. Parmi les natifs d’Outre‑mer,
une personne sur dix partage également ce
sentiment pour la France métropolitaine.
À la deuxième génération, ce sentiment de
ne pas être chez soi en France diminue, les
descendants d’immigrés étant même un peu
plus nombreux à déclarer se sentir chez eux
en France que les personnes sans ascendance
migratoire ou ultramarine directe (95 %
contre 93 %). Les descendants d’immigrés
sont notamment nettement plus nombreux
que les immigrés à être tout à fait d’accord
avec cette affirmation (76 % contre 63 %).
Ce n’est cependant pas le cas des descendants
d’immigrés d’Afrique sahélienne, guinéenne ou
centrale, qui répondent près de deux fois plus
souvent qu’ils ne sont pas d’accord avec cette
affirmation (8 % d’entre eux) que l’ensemble
de la population des descendants (5 %). Ils sont
par ailleurs les plus nombreux à déclarer qu’on
leur demande souvent leur origine : près de la
moitié des descendants d’immigrés d’Afrique
sahélienne, guinéenne ou centrale ont répondu
qu’on leur posait souvent cette question,
contre un quart de l’ensemble des descendants
d’immigrés. Alors qu’ils sont nés en France et
ont presque tous la nationalité française, ils sont
entre 35 % et 39 % à ne pas être d’accord avec
l’affirmation « On me voit comme un Français »,
contre 9 % des descendants d’immigrés de
l’Europe du Sud, 3 % des descendants d’immigrés
des autres pays de l’UE à 27, 29 % à 30 % de
ceux du Maghreb et 20 % de l’ensemble des
descendants d’immigrés. Les descendants de
natifs d’Outre‑mer sont également fréquemment
questionnés sur leurs origines : 41 % d’entre eux
déclarent être souvent interrogés à ce sujet.
Définitions
Immigrés, logement ordinaire, descendants d’immigrés : voir Glossaire.
Pour en savoir plus
« Profil démographique des personnes d’origine subsaharienne en France », Les études de la chaire Diasporas africaines
n° 2020‑2, Sciences Po Bordeaux et Université Bordeaux Montaigne, 2020.
163
Insee Références – Édition 2023 – Fiche 6.6 – Ressentis par rapport à la migration et sentiment d’intégration
1. Position sociale avant la migration et au moment de l’enquête
Algérie
Algérie
Maroc, Tunisie
Maroc, Tunisie
Afrique sahélienne
Afrique sahélienne
Afrique guinéenne
ou centrale
Afrique guinéenne
ou centrale
Asie du Sud-Est
Asie du Sud-Est
Turquie, Moyen-Orient
Turquie, Moyen-Orient
Chine
Chine
Europe du Sud
Europe du Sud
Autres pays de l'UE27
Autres pays de l'UE27
4,6
4,8
5,0
5,2
5,4
5,6
5,8
6,0
Position avant la migration
Position actuelle
échelle de 0 (bas) à 10 (haut)
Note : la question posée était « Il y a des gens qui sont plutôt en haut de notre société et d’autres plutôt en bas. Actuellement, où
vous placeriez-vous sur cette échelle (0 étant le plus bas, et 10 le plus haut) ? Et dans votre pays de naissance, avant d’arriver en
France métropolitaine ? ».
Lecture : en 2019-2020, les immigrés venus d’Algérie estiment que sur une échelle de la société allant de 0 (bas) à 10 (haut), ils se
situent actuellement en moyenne à 5,2.
Champ : France métropolitaine, personnes immigrées âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire.
Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020).
2. Sentiment d’être chez soi en France métropolitaine (pour les natifs d'Outre-mer et leurs
descendants) ou en France (pour les autres)
Tout à fait d’accord
Plutôt d’accord
Plutôt pas d’accord
Pas du tout d’accord
Refusent de répondre ou ne savent pas
0
20
40
60
80
100
Immigrés, dont :
Algérie
Maroc, Tunisie
Afrique sahélienne
Afrique guinéenne ou centrale
Asie du Sud-Est
Turquie, Moyen-Orient
Chine
Europe du Sud
Autres pays de l’UE27
Descendants d’immigrés, dont :
Algérie
Maroc, Tunisie
Afrique sahélienne
Afrique guinéenne ou centrale
Asie du Sud-Est
Turquie, Moyen-Orient
Europe du Sud
Autres pays de l’UE27
Natifs d'Outre-mer
Descendants de natifs d'Outre-mer
Sans ascendance migratoire ou ultramarine directe
Ensemble
en %
Note : la question posée était « Êtes-vous tout à fait d’accord, plutôt d’accord, plutôt pas d’accord ou pas du tout d’accord avec la
proposition « Je me sens chez moi en France métropolitaine » (pour les natifs d'Outre-mer et leurs descendants) ou « Je me sens
chez moi en France » (pour les immigrés, leurs descendants et les personnes sans ascendance migratoire ou ultramarine directe) ? ».
Lecture : 68 % des immigrés venus d’Algérie déclarent être tout à fait d’accord avec la proposition « Je me sens chez moi en France ».
Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans vivant en logement ordinaire.
Sources : Ined-Insee, enquête Trajectoires et Origines 2 (2019-2020).