Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 27 1.1.7 Comparaison européenne En 2005, le taux d’emploi global moyen des 15-64 ans dans l’UE15 atteint 65.2%, l’objectif intermédiaire de Lisbonne des 65% en 2005 a donc été atteint. La ventilation par pays fait cependant apparaître une image plus mitigée avec d’un côté le Danemark, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni dépassant les 70% et de l’autre côté l’Italie, la Grèce, la Belgique, l’Espagne, la France et le Luxembourg qui se trouvent en dessous de la moyenne de l’UE15 et de l’UE25. L’Italie affiche, avec 57.6%, le taux d’emploi le plus faible dans l’UE15 et ne dépasse que légèrement la moyenne des 10 nouveaux Etats membres. Tableau 19: Taux d’emploi 15-64 ans (en%) Pays 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2000 2001 2002 2003 2004 2005 UE25 62.4 62.8 62.8 62.9 63.3 63.8 71.2 71.3 71 70.8 70.9 71.3 53.6 54.3 54.7 55 55.7 56.3 NEM 57.4 56.6 55.8 55.9 56.0 56.9 63.7 62.6 61.8 61.7 62.0 63.3 51.3 50.7 50.0 50.2 50.2 50.7 UE15 63.4 64.0 64.2 64.3 64.7 65.2 72.8 73.1 72.8 72.7 72.7 72.9 54.1 55.0 55.6 56.0 56.8 57.4 Allemagne 65.6 65.8 65.4 65.0 65.0 65.4 72.9 72.8 71.8 70.9 70.8 71.2 58.1 58.7 58.9 58.9 59.2 59.6 Autriche 68.5 68.5 68.7 68.9 67.8 68.6 77.3 76.4 76.4 76.4 74.9 75.4 59.6 60.7 61.3 61.7 60.7 62.0 Belgique 60.5 59.9 59.9 59.6 60.3 61.1 69.5 68.8 68.3 67.3 67.9 68.3 51.5 51.0 51.4 51.8 52.6 53.8 Danemark 76.3 76.2 75.9 75.1 75.7 75.9 80.8 80.2 80.0 79.6 79.7 79.8 71.6 72.0 71.7 70.5 71.6 71.9 Espagne 56.3 57.8 58.5 59.8 61.1 63.3 71.1 72.4 72.6 73.2 73.8 75.2 41.3 43.1 44.4 46.3 48.3 51.2 Finlande 67.2 68.1 68.1 67.7 67.6 68.4 70.1 70.8 70.0 69.7 69.7 70.3 64.2 65.4 66.2 65.7 65.6 66.5 France 62.1 62.8 63.0 63.3 63.1 63.1 69.2 69.7 69.5 69.4 69.0 68.8 55.2 56.0 56.7 57.2 57.4 57.6 Grèce 56.5 56.3 57.5 58.7 59.4 60.1 71.5 71.4 72.2 73.4 73.7 74.2 41.7 41.5 42.9 44.3 45.2 46.1 Irlande 65.2 65.8 65.6 65.5 66.3 67.6 76.2 76.5 75.5 75.2 75.9 76.9 53.9 54.9 55.4 55.7 56.5 58.3 Italie 53.7 54.8 55.5 56.1 57.6 57.6 68.0 68.5 69.1 69.6 70.1 69.9 39.6 41.1 42.0 42.7 45.2 45.3 Luxembourg 62.7 63.1 63.4 62.2 62.5 63.6 75.0 75.0 75.1 73.3 72.8 73.3 50.1 50.9 51.6 50.9 51.9 53.7 Pays-bas 72.9 74.1 74.4 73.5 73.1 73.2 82.1 82.8 82.4 81.1 80.2 79.9 63.5 65.2 66.2 66.0 65.8 66.4 Portugal 68.4 69.0 68.8 68.1 67.8 67.5 76.5 77.0 75.9 75.0 74.2 73.4 60.5 61.3 61.4 61.4 61.7 61.7 Royaume-Uni 71.2 71.4 71.3 71.5 71.6 71.7 77.8 78.0 77.6 77.7 77.8 77.6 64.8 65.0 65.3 65.3 65.6 65.9 Suède 73.0 74.0 73.6 72.9 72.1 72.5 75.1 75.7 74.9 74.2 73.6 74.4 70.9 72.3 72.2 71.5 70.5 70.4 Source: NEWCRONOS Les deux sexes Hommes Femmes 1.1.8 Taux d'emploi et objectifs de Lisbonne Le taux d’emploi tout comme le taux de chômage sont de précieux indicateurs pour mesurer le plein emploi dans une économie. Cependant, dans une petite économie très intégrée dans les échanges de biens et de services, les indicateurs statistiques purement nationaux comme le chômage ou l’emploi ne rendent pas compte de la disponibilité des ressources humaines et technologiques existantes. Le taux d’emploi est un indicateur phare, un des deux objectifs chiffrés de la nouvelle stratégie de Lisbonne. Rappelons que d’ici 2010, les objectifs à atteindre au niveau européen en matière de taux d’emploi sont les suivants:
67% en 2005 et 70% en 2010 pour les personnes entre 15 et 64 ans
57% en 2005 et 60% en 2010 pour les femmes de ce même groupe d’âge
50% en 2010 pour les 55-64 ans. Ils découlent en fait d’une comparaison des performances économiques entre les Etats-Unis et l’UE et du retard de niveau de vie européen par rapport au niveau de vie américain (30% de différence en termes de PIB par tête). La différence essentielle entre les deux blocs économiques tient à l’intensité avec laquelle les ressources humaines sont utilisées. En effet, si l’UE, qui atteint une productivité similaire à celle des Etats- Unis, était capable d’augmenter son taux d’emploi significativement, elle pourrait rattraper les Etats-Unis en termes de croissance économique. croissance économique = productivité X taux d’emploi X structure démographique
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 28 Sans approfondir la problématique très complexe de la compétition entre modèles sociaux des deux côtés de l’Atlantique et le rôle central accordé au travail, le taux d’emploi reste considéré comme un indicateur plus intéressant que le taux de chômage pour juger de l’utilisation des ressources humaines potentiellement mobilisables. 1.1.9 Limites du taux d'emploi: vers un taux d’emploi élargi Tel que nous l’avons déjà soulevé en début de chapitre, le taux d’emploi, comme indicateur du plein emploi pose cependant quelques problèmes méthodologiques non triviaux dans un petit pays ouvert à la mondialisation dont le marché du travail accueille 40% de la main-d’œuvre venant des pays limitrophes. Ces problèmes avaient été identifiés par le CES dans son avis spécifique sur les GOPE (« Les lignes directrices pour la croissance et l’emploi 2005- 2008 regroupant les grandes orientations des politiques économiques (GOPE) et les lignes directrices pour l’emploi (LDE), mai 2005 »). Le Plan national de réforme luxembourgeois, intitulé « Plan pour l’innovation et le plein emploi », tient compte des particularités du marché du travail national et de la présence massive de frontaliers. Dans cette note il est proposé d’élargir l’indicateur de taux d’emploi et ses composantes (jeunes, femmes, seniors) en le rapprochant du taux de frontaliers, sans toutefois les amalgamer. Une approche alternative aurait été d’ajouter l’emploi national à l’emploi frontalier pour calculer le taux d’emploi nouveau: il va de soi que ce taux d’emploi dépasserait 100% ! Mais il serait ininterprétable et donc inutile. Le rapprochement du taux d’emploi et du taux de frontaliers appelle quelques précisions analytiques. En effet, la croissance de la production exige des ressources humaines additionnelles qui peuvent être des résidants (y compris des immigrés) ou des frontaliers. Le partage entre frontaliers et résidants est gouverné par une série de facteurs qui ne sont pas encore bien appréhendés quantitativement (complémentarité/substitution entre facteur de production, différence des salaires relatifs, différences de compétences/qualifications, différences de salaire de réserve, rôle du cadre institutionnel (cf. S. Allegrezza, A. Guarda-Rauchs, 1997 « Les travailleurs frontaliers et résidents sont-ils interchangeables ou complémentaires? »)). De plus, le taux d’emploi est déterminé par la population en âge de travailleurs qui dépend de facteurs démographiques (natalité, fécondité, immigration). L’approche proposée ici tend à faire ressortir le lien entre emploi résidant, frontalier et le taux d’emploi (et le taux de chômage). Du point de vue de la politique économique, cette manière d’aborder la mesure du plein emploi met l’accent sur l’arbitrage entre le taux d’emploi (national) et le taux de présence des frontaliers. Cette approche est plus réaliste et met en exergue les difficultés à réaliser l’objectif de plein emploi traditionnel. Pour l’accroissement de la demande de travail, on s’est référé aux hypothèses de la Commission européenne en matière de taux de croissance économique et de taux d’accroissement de la productivité du travail pour l’accroissement de la demande de travail. On part ainsi d’un taux de croissance économique de 4% jusqu’en 2010 qui diminuant progressivement pour atteindre 2.7% en 2020. Pour ce qui est de la productivité du travail, la commission part d’un taux d’accroissement de 1.4% en 2005 passant à 1.6% en 2006 et à 2.0% en 2007 et variant entre 2.0 et 2.3% jusqu’en 2020. Graphique 9: Projections 2005 – 2020 Source: STATEC, Commission européenne 0.0% 0.5% 1.0% 1.5% 2.0% 2.5% 3.0% 3.5% 4.0% 4.5% 2005 2007 2009 2011 2013 2015 2017 2019 Croissance économique Croissance Productivité Croissance Demande de travail Pour la période considérée, ces hypothèses diffèrent de celles des projections démo-économiques 2005- 2055. La population en âge de travailler (15 à 64 ans), en revanche, provient du scénario central des projections démographiques (solde migratoire annuel égal à + 2 800). Simulations 2005 – 2020 en fixant le niveau absolu de frontaliers
Rapport travail et Cohésion sociale Cahier économiques n° 101 29 Dans cette première simulation on fixe le niveau absolu de frontaliers. Souvent, dans le domaine de l’organisation des transports p.ex., c’est le nombre absolu de frontaliers qui importe. Le premier tableau fixe l’emploi frontalier à l’horizon 2020 à 150 000 personnes ce qui correspond au scénario bas de l’IVL (Integratives Verkehrs-und Landesentwicklungs- konzept Luxemburg). La différence entre demande totale et emploi frontalier donne l’emploi résident. Les taux d’emploi se limitant aux seuls 15 à 64 ans, il faut encore, si l’on veut être précis, retrancher les 65+ dans l’emploi résident. La part de ces derniers peut être estimée à 1%. En rapportant l’emploi des 15 à 64 ans à l’effectif de ce groupe d’âges, on obtient le taux afférent. Tableau 20: Plafonnement du nombre de frontaliers (scénario IVL bas): Taux d’emploi résident nécessaire pour satisfaire la demande de travail Année 15-64 Demande de travail Hypothèses Commission Emploi frontalier = fixé Emploi résident résiduel Emploi résident résiduel 15-64 ans Taux d'emploi avec emploi résident résiduel Part de l'emploi frontalier 2005 304 986 310 000 116 000 194 000 192 060 63.0% 37.4% 2006 308 215 318 067 118 267 199 801 197 803 64.2% 37.2% 2007 311 432 325 740 120 533 205 207 203 155 65.2% 37.0% 2008 314 515 332 726 122 800 209 926 207 827 66.1% 36.9% 2009 317 648 339 091 125 067 214 025 211 884 66.7% 36.9% 2010 321 070 345 249 127 333 217 915 215 736 67.2% 36.9% 2011 324 403 351 371 129 600 221 771 219 553 67.7% 36.9% 2012 327 348 357 208 131 867 225 342 223 088 68.2% 36.9% 2013 329 912 362 627 134 133 228 494 226 209 68.6% 37.0% 2014 332 117 367 217 136 400 230 817 228 509 68.8% 37.1% 2015 334 621 371 474 138 667 232 808 230 479 68.9% 37.3% 2016 337 170 375 519 140 933 234 585 232 239 68.9% 37.5% 2017 339 610 379 316 143 200 236 116 233 755 68.8% 37.8% 2018 341 464 382 755 145 467 237 288 234 916 68.8% 38.0% 2019 343 148 385 997 147 733 238 264 235 881 68.7% 38.3% 2020 344 785 389 004 150 000 239 004 236 614 68.6% 38.6% Source: STATEC Le tableau ci-dessous reprend la même simulation mais avec le scénario haut de l’IVL prévoyant 180 000 frontaliers à horizon 2020. Tableau 21: Plafonnement du nombre de frontaliers (scénario IVL haut): Taux d’emploi résident nécessaire pour satisfaire la demande de travail Année 15-64 Demande de travail Hypothèses Commission Emploi frontalier = fixé Emploi résident résiduel Emploi résident résiduel 15-64 ans Taux d'emploi avec emploi résident résiduel Part de l'emploi frontalier 2005 304 986 310 000 116 000 194 000 192 060 63.0% 37.4% 2006 308 215 318 067 120 267 197 801 195 823 63.5% 37.8% 2007 311 432 325 740 124 533 201 207 199 195 64.0% 38.2% 2008 314 515 332 726 128 800 203 926 201 887 64.2% 38.7% 2009 317 648 339 091 133 067 206 025 203 964 64.2% 39.2% 2010 321 070 345 249 137 333 207 915 205 836 64.1% 39.8% 2011 324 403 351 371 141 600 209 771 207 673 64.0% 40.3% 2012 327 348 357 208 145 867 211 342 209 228 63.9% 40.8% 2013 329 912 362 627 150 133 212 494 210 369 63.8% 41.4% 2014 332 117 367 217 154 400 212 817 210 689 63.4% 42.0% 2015 334 621 371 474 158 667 212 808 210 679 63.0% 42.7% 2016 337 170 375 519 162 933 212 585 210 459 62.4% 43.4% 2017 339 610 379 316 167 200 212 116 209 995 61.8% 44.1% 2018 341 464 382 755 171 467 211 288 209 176 61.3% 44.8% 2019 343 148 385 997 175 733 210 264 208 161 60.7% 45.5% 2020 344 785 389 004 180 000 209 004 206 914 60.0% 46.3% Source: STATEC