86 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 1.5 Prestations sociales Les prestations sociales non contributives (distinctes de celles accordées en contrepartie de cotisations et qui correspondent à un revenu de remplacement – allocations chômage, pensions de retraite, indemnités maladie, pensions d’invalidité, etc.) constituent un des éléments du système de redistribution français. Elles sont composées notamment des prestations familiales, des allocations logement, des minima sociaux et de la prime d’activité. En 2021, le montant global de ces prestations, versées aux ménages vivant en logement ordinaire de France métropolitaine, s’élève à 63,3 milliards d’euros selon l’enquête sur les Revenus fiscaux et sociaux. En 2021, en France métropolitaine, 12,9 millions de ménages (soit 44 % d’entre eux) bénéficient de prestations sociales (hors personnes vivant en collectivité ou sans domicile) figure 1. Ces prestations représentent 11,0 % du niveau de vie des ménages bénéficiaires, avec un montant moyen de 2 780 euros annuels par unité de consommation (UC) figure 2. 6,4 millions de ménages reçoivent des prestations familiales (soit 22 % des ménages), hors aides au mode de garde, pour un montant moyen de 1 670 euros annuels par UC. Ces aides sont versées au moment des naissances (ou adoptions), lorsquʼun des parents réduit son activité professionnelle en présence dʼun enfant en bas âge, ou ultérieurement pour assurer l’entretien ou l’éducation de lʼenfant. 81 % des bénéficiaires de prestations familiales sont des ménages dont la personne de référence est âgée de moins de 50 ans. Les aides au logement concernent 6,0 millions de ménages (soit 20 % des ménages), pour un montant moyen annuel de 1 270 euros par UC. Locataires et accédants à la propriété peuvent les percevoir, sous conditions de ressources. 56 % des bénéficiaires sont des ménages dont la personne de référence a moins de 50 ans. 3,2 millions de ménages perçoivent au moins un des revenus minima garantis (soit 11 % des ménages) : le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation aux adultes handicapés (AAH) ou les allocations permettant d’atteindre le minimum vieillesse, notamment l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa). Un ménage bénéficiaire dispose en moyenne à ce titre de 3 880 euros annuels par UC en 2021. Depuis le 1er janvier 2016, la prime d’activité remplace la composante dite « activité » du RSA ainsi que la prime pour l’emploi. 5,2 millions de ménages la perçoivent en 2021 (soit 18 % des ménages) pour un montant moyen annuel de 940 euros par UC. En 2021, les prestations sociales non contributives comptent pour 5,9 % du niveau de vie de l’ensemble des ménages, mais cette part est très variable selon le niveau de vie figure 3. Elles représentent 49,7 % du niveau de vie des ménages les plus modestes (dont le niveau de vie est inférieur au 1er décile), contre 0,5 % pour les ménages les plus aisés (niveau de vie supérieur au 9e décile). La part cumulée des allocations logement, des minima sociaux et de la prime d’activité dans le niveau de vie diminue très rapidement à mesure que ce dernier s’élève, passant de 34,4 % du niveau de vie des ménages les plus modestes à 7,9 % de celui des ménages dont le niveau de vie est compris entre le 2e et le 3e décile. Ces transferts sont en effet destinés principalement aux ménages ayant des revenus modestes. Les prestations familiales sont, quant à elles, moins ciblées. Leur part dans le niveau de vie diminue donc moins rapidement quand celui‑ci s’élève. Définitions Prestations sociales, prestations familiales, allocations logement, minima sociaux, prime d’activité, niveau de vie, unités de consommation (UC), revenu de solidarité active (RSA), allocation aux adultes handicapés (AAH), allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) ou minimum vieillesse, décile : voir Glossaire. Pour en savoir plus • Minima sociaux et prestations sociales – Ménages aux revenus modestes et redistribution, coll. « Panoramas de la Drees », édition 2023. • « Les réformes sociofiscales de 2022 augmentent le revenu disponible des ménages, en particulier des plus modestes, du fait des mesures exceptionnelles de soutien au pouvoir d’achat », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2023.
87 Insee Références – Édition 2024 – Fiche 1.5 – Prestations sociales 1. Nombre de ménages bénéficiaires de prestations sociales en 2021, selon l’âge de la personne de référence en milliers Âge Prestations familiales Allocations logement Minima sociaux Prime d’activité Ensemble des prestations sociales1 Nombre total de ménages Ensemble dont allocations familiales Moins de 30 ans 389 161 915 362 992 1 527 2 252 De 30 à 49 ans 4 833 3 846 2 427 1 127 2 576 6 566 9 581 De 50 à 59 ans 1 087 764 1 277 694 1 255 2 765 5 864 De 60 à 74 ans 119 61 961 723 359 1 513 6 919 75 ans ou plus 6 3 384 275 16 560 4 527 Ensemble 6 434 4 835 5 964 3 181 5 198 12 931 29 143 1 Hors indemnité inflation. Lecture : 1 527 000 ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans bénéficient de prestations sociales. Champ : France métropolitaine, ménages vivant dans un logement ordinaire dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n’est pas étudiante. Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2021. 2. Montant annuel moyen des prestations sociales en 2021, selon l’âge de la personne de référence du ménage bénéficiaire en euros par unité de consommation Âge Prestations familiales Allocations logement Minima sociaux Prime d’activité Ensemble des prestations sociales1 Part dans le niveau de vie (en %) Répartition des prestations sociales (en %) Ensemble dont allocations familiales Moins de 30 ans 1 910 1 020 1 510 4 100 940 3 470 20,9 10,1 De 30 à 49 ans 1 740 1 100 1 300 3 340 960 2 730 14,8 58,9 De 50 à 59 ans 1 300 990 1 090 3 970 940 2 360 9,0 18,5 De 60 à 74 ans 1 480 1 150 1 290 4 590 860 3 390 5,8 9,6 75 ans ou plus ns ns 1 240 4 750 620 3 510 2,8 2,9 Ensemble 1 670 1 080 1 270 3 880 940 2 780 11,0 100,0 ns : non significatif. 1 Hors indemnité inflation. Notes : Pour chaque prestation sociale, son montant moyen et sa part dans le niveau de vie sont calculés sur les seuls ménages bénéficiaires de cette prestation. Pour l’ensemble des prestations sociales, leur montant moyen et leur part dans le niveau de vie sont calculés uniquement sur les ménages bénéficiaires d’au moins une prestation. Lecture : Les ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans et qui bénéficient d’une allocation logement perçoivent en moyenne 1 510 euros au titre de cette allocation. Champ : France métropolitaine, ménages percevant des prestations sociales et vivant dans un logement ordinaire dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n’est pas étudiante. Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2021. 3. Part des prestations sociales1 dans le niveau de vie selon le niveau de vie en 2021 Inférieur à D1 D1 à D2 D2 à D3 D3 à D4 D4 à D5 D5 à D6 D6 à D7 D7 à D8 D8 à D9 Supérieur à D9 Ensemble 0 10 20 30 40 50 Prime d’activité Minima sociaux Allocations logement Autres prestations familiales Allocations familiales en % 1 Hors indemnité inflation. Lecture : Les prestations sociales représentent 49,7 % du niveau de vie des 10 % des personnes les plus modestes. Champ : France métropolitaine, personnes vivant dans un logement ordinaire dont le revenu déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n’est pas étudiante. Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquête Revenus fiscaux et sociaux 2021.
88 Revenus et patrimoine des ménages – Insee Références – Édition 2024 1.6 Évolution du niveau de vie et des inégalités depuis 1975 Depuis 1975, en France métropolitaine, le niveau de vie médian augmente : +66 % en euros constants entre 1975 et 2021, soit une croissance annuelle moyenne de 1,1 % figure 1. Néanmoins, cette progression nʼa pas été homogène : forte dans la seconde moitié des années 1970 et dans une moindre mesure au tournant des années 2000, elle a nettement ralenti de 1979 à 1997, puis pendant la décennie qui a suivi la crise de 2008. Dans le même temps, les inégalités de niveau de vie ont fortement diminué jusquʼau début des années 1990. Elles augmentent légèrement depuis. Entre 1975 et 1979, la progression du niveau de vie médian (en euros constants) est particulièrement forte, dans la continuité des Trente Glorieuses (+3,4 % par an en moyenne). La hausse du niveau de vie profite à l’ensemble de la population, mais plus encore aux personnes les plus modestes : le premier décile des niveaux de vie (D1) augmente en moyenne de 5,6 % par an, contre seulement 2,0 % par an pour le 9e décile (D9). Les bas revenus ont bénéficié d’un rattrapage : les hausses du Smic et du minimum vieillesse ont été fortes et de nouvelles générations de retraités sont arrivées avec des carrières professionnelles plus longues et des pensions de retraite plus élevées. En conséquence, les inégalités de niveau de vie se sont fortement réduites : l’indice de Gini passe de 0,308 en 1975 à 0,288 en 1979 figure 2. Dans les années 1980, les difficultés économiques consécutives au second choc pétrolier freinent nettement la progression du niveau de vie : les rythmes de croissance du niveau de vie médian, du D1 et du D9 ralentissent respectivement à 0,8 %, 1,0 % et 0,7 % par an en moyenne entre 1979 et 1990. La baisse des inégalités se poursuit, mais son ampleur se réduit nettement. La crise du début des années 1990 pèse sur les niveaux de vie. Entre 1990 et 1996, le niveau de vie médian progresse en moyenne de 0,3 % par an. Lors de la reprise économique de la fin des années 1990, le niveau de vie médian retrouve une croissance soutenue : il augmente en moyenne de 2,1 % par an entre 1997 et 2002. La hausse concerne aussi bien le D9 (+2,4 % par an) que le D1 (+3,0 % par an), en raison notamment de la baisse du chômage et de la revalorisation du salaire minimum, des prestations sociales et des pensions de retraite. Cependant, alors que les niveaux de vie augmentent de façon soutenue, les inégalités ne diminuent pas nettement : l’indice de Gini, le rapport interdécile D9/D1 et le ratio (100‑S80)/S20 sont globalement stables. Entre 2002 et 2008, période marquée successivement par un ralentissement puis une reprise économique, le niveau de vie médian augmente en moyenne de 1,0 % par an et les inégalités remontent légèrement. Le niveau de vie médian stagne ensuite pendant la décennie qui suit la crise économique de 2008. Dans un contexte de hausse du chômage, le D1 diminue de 0,3 % par an en moyenne entre 2008 et 2018 et les inégalités tendent à se creuser. Depuis 2018, le niveau de vie médian progresse de nouveau (+1,4 % en moyenne annuelle entre 2018 et 2021), soutenu notamment par la baisse du chômage et les mesures de soutien au niveau de vie des ménages (bascule entre CSG et cotisations sociales, revalorisation de la prime d’activité, allégement du barème de l’impôt sur le revenu, suppression progressive de la taxe d’habitation sur les résidences principales, mesures exceptionnelles durant la crise sanitaire). Dans le même temps, les inégalités remontent en 2021 à un niveau élevé, avec l’indice de Gini et le ratio (100‑S80)/S20 qui reviennent aux points hauts observés au début des années 2010. Définitions Niveau de vie, médiane, décile, indice de Gini, rapport interdécile D9/D1, ratio (100‑S80)/S20 : voir Glossaire. Pour en savoir plus • « En 2021, les inégalités et la pauvreté augmentent », Insee Première n° 1973, novembre 2023. • « Quarante ans d’inégalités de niveau de vie et de redistribution en France (1975‑2016) », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2019.