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Projections de population 2026 :
Comment les évolutions démographiques récentes peuvent
éclairer le choix des hypothèses ?
Nathalie Blanpain, Chloé Pariset, Jeanne Pointet, Hélène Thélot (Insee)
Avril 2026
« Est-ce que la croissance de la population française peut se retourner ? Quand et à quelles conditions ? ».
Voici quelques exemples de questions auxquelles les projections de population de l’Insee permettent de
répondre. Projection ne veut pas dire prévision, ni prédiction : les projections de population ne visent pas à dire
ce que sera l’avenir, mais à observer les conséquences sur le niveau et la structure de la population
d’évolutions possibles des trois composantes de la dynamique démographique : fécondité, mortalité et
migrations. Elles nous racontent ainsi comment sera la population de la France de demain, conditionnellement
aux hypothèses que l’on peut raisonnablement poser aujourd’hui sur les comportements démographiques
futurs. Les projections ne disent pas : « Voilà ce qui va arriver », mais répondent à la question en apparence
simple : « Que deviendrait la population de la France si les comportements observés aujourd’hui évoluaient de
telle ou telle façon ? ». En offrant un cadre d’analyse cohérent permettant d’explorer différents futurs possibles,
sous des hypothèses clairement explicitées, elles aident à la compréhension des mécanismes
démographiques et éclairent par exemple l’effet durable et cumulatif d’une baisse de la fécondité ou le rôle des
migrations. Elles mettent aussi en évidence les conditions dans lesquelles certains phénomènes
démographiques peuvent se réaliser. Dans certains cas, même si les projections ne visent pas la prédiction,
elles peuvent mettre en évidence des faits qui apparaissent comme robustes au fil des exercices et quels que
soient les scénarios étudiés, comme le fait que la France connaîtra un vieillissement de la population.
Ce document revient sur les évolutions récentes de la fécondité, de la mortalité et des migrations, qui ont guidé
le choix des hypothèses pour l’exercice de projection de 2026 (voir le billet « Actualisation des projections de la
population en France à l’horizon 2070 : quelles hypothèses retenir ? » d’avril 2026 sur le blog de l’Insee).
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- ÉVOLUTION RÉCENTE DE LA FÉCONDITÉ Pour la fécondité, il est envisagé de reprendre la même méthode que celle mobilisée par l’Insee pour les projections 2021, à savoir :
Fixer, à partir des tendances récentes et du retour des experts, un âge moyen à la maternité cible et un indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) cible, et les dates où ces cibles sont atteintes ;
En déduire, selon la même méthode que pour les projections de 20211, des chroniques de taux de fécondité par âge. Ces taux de fécondité sont ensuite appliqués, pour chaque année de la projection, aux effectifs de femmes par âge afin de déterminer un volume de naissances. L’objectif est donc de déterminer des cibles pour l’ICF et l’âge moyen à la maternité.
A. LES INDICATEURS RELATIFS À LA FÉCONDITÉ
L’indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) en France était stable, autour de 2 enfants par femme entre 2006 et 2014 (figure 1.1), puis a décru pour atteindre 1,56 en 2025. Les projections de population de 2021 de l’Insee avaient retenu un ICF de 1,8 enfant par femme pour l’hypothèse centrale. Deux hypothèses alternatives de fécondité haute et basse avaient été retenues, à +/-0,2 de cette hypothèse centrale : 2,0 et 1,6. Une hypothèse de travail (de convergence vers le niveau européen) explorait l’hypothèse d’une fécondité à 1,5 enfant par femme. La convergence vers les valeurs cibles était supposée atteinte dès 2023 pour le scénario central et en 2030 pour les autres. Au regard de l’évolution récente de la fécondité, l’hypothèse centrale des projections de 2021 est donc élevée. En 2025, l’ICF (1,56) est même inférieur au scénario bas des projections (1,6). Sa baisse a aussi été plus rapide que celle supposée dans les scénarios bas et de travail.
1 Il s’agit du modèle de Schmertmann (2003) dans lequel le profil des taux de fécondité est obtenu à partir de splines calibrés, en fonction de 4 paramètres : l’âge à partir duquel le taux de fécondité est positif, l’âge où la fécondité est maximale, le taux de fécondité atteint à cet âge et l’âge auquel le taux de fécondité atteint la moitié de sa valeur maximale.
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Figure 1.1 - Évolution de l’indicateur conjoncturel de fécondité
Champ : France hors Mayotte jusqu’en 2013 et France à partir de 2014.
Sources : Insee, projections de population 2021 ; estimations de population et statistiques d'état civil.
Sur la période récente, le taux de fécondité diminue pour les femmes âgées de moins de 35 ans (figure 1.2).
Pour celles âgées de moins de 30 ans, cette baisse s’inscrit dans une tendance qui remonte au moins au milieu
des années 2000. Pour les femmes de 30 à 34 ans, la baisse est plus tardive (elle s’est amorcée à la fin des
années 2010) et fait suite à des années de hausse. Le taux de fécondité des femmes de 35 ans ou plus, en
hausse depuis la fin des années 1970, a quant à lui cessé d’augmenter ces dernières années.
Figure 1.2 - Évolution des taux de fécondité des femmes par groupe d'âges
Champ : France hors Mayotte jusqu’en 2013 et France à partir de 2014.
Sources : Insee, estimations de population et statistiques d’état civil.
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La descendance à 30 ans des femmes diminue pour toutes les générations nées après la Seconde Guerre mondiale (figure 1.3). Pour les générations nées entre 1965 et 1985, cela reflète surtout le décalage de l’âge à la maternité (cf. infra), car leur descendance finale atteint, voire dépasse, 2 enfants par femme. La question se pose pour les générations nées ensuite ; le décrochage à 30 ans observé pour les générations 1990 et 1995 laisse penser que l’effet de « rattrapage » observé pour les générations d’avant risque d’être plus compromis. L’enquête Erfi 2, conduite en 2024 par l’Ined, montre d’ailleurs que la baisse de la fécondité est probablement appelée à se prolonger, car le nombre d’enfants souhaité par les moins de 30 ans a diminué entre 2005 et 20242. Cette baisse touche tous les groupes sociaux, mais plus fortement les jeunes. Elle tient en partie à la manière dont les individus conçoivent les rôles de genre et la famille et appréhendent l’avenir, notamment le changement climatique, donc des facteurs de nature plutôt structurelle, a priori peu susceptibles de se retourner à court terme. Figure 1.3 - Descendance à différents âges des femmes par génération
Champ : France métropolitaine. Source : Insee, estimations de population et statistiques d’état civil. Entre 2014 et 2024, l’ICF a baissé dans tous les départements de France, sans exception. Il existe cependant des disparités territoriales en termes de fécondité. En France métropolitaine, en 2024, l’ICF est inférieur à 1,4 dans 9 départements et supérieur à 2,0 dans 2 départements (Seine-Saint-Denis et Val d’Oise) ; en 2014, l’ICF le plus bas était de 1,49 et il était supérieur à 2,0 dans 28 départements.
2 Bouchet-Valat M., Toulemon L. (2025), « Les Français·es veulent moins d’enfants », Population & Sociétés, n° 635.
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Entre 2013 et 2023, l’ICF a plus diminué en France (-0,34, pour atteindre 1,65 en 2023) que dans l’ensemble de l’Union européenne (UE) (-0,13, pour atteindre 1,38 en 2023). Il reste toutefois parmi les plus élevés de l’UE ; en 2023, seul l’ICF de la Bulgarie (1,81) est plus élevé que celui de la France (1,65) (figure 1.4). La Belgique, l’Irlande, la Suède et la Finlande connaissent une évolution de leur fécondité similaire à celle de la France : dans ces pays, l’ICF a augmenté entre la fin des années 1990 et le début des années 2010 jusqu’à figurer parmi les plus élevés de l’UE en 2013 ; depuis, l’ICF ne cesse d’y décroître, à un rythme plus important qu’en France. En 2023, l’ICF atteint 1,47 en Belgique, 1,50 en Irlande, 1,45 en Suède et 1,26 en Finlande. En 2024, dans ces pays, d’après les résultats des instituts nationaux (non encore diffusés par Eurostat), l’ICF semble se stabiliser alors qu’il poursuit sa baisse en France (1,61 en 2024). La question est de savoir si l’ICF de la France, dont la baisse a été jusqu’à présent plus faible que celle de pays ayant un comportement de fécondité similaire, va continuer à diminuer, et si oui jusqu’à quel niveau.
Figure 1.4 – Indicateur conjoncturel de fécondité dans l’Union Européenne en 2013 et en 2023
Note : La ligne pointillée correspond à une stabilité de l’ICF entre 2013 et 2023.
Champ : Union européenne à 27 pays.
Sources : Insee, estimations de population et statistiques d’état civil pour la France. Eurostat pour les autres pays.
B. L’ÂGE MOYEN A LA MATERNITÉ
En 2025, les femmes ont leur enfant, tous rangs de naissance confondus, le plus souvent à 31 ans, contre 30 ans en 2015 (figure 1.5). Au fil du temps, le pic de l’âge à la maternité s’est non seulement décalé, mais il est aussi devenu moins marqué : le profil des taux de fécondité par âge évolue vers un plus grand étalement des âges de forte fécondité. Par rapport aux projections de 2021, en 2025, les taux de fécondité sont nettement moins élevés, notamment aux âges de forte fécondité.
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Figure 1.5 – Taux de fécondité par âge selon les années
Champ : France.
Sources : Insee, projections de population 2021 ; estimations de population et statistiques d’état civil.
Depuis la fin des années 1970, l’âge moyen à l’accouchement n’a cessé d’augmenter en France, pour tous les
rangs de naissance3. En 2025, il atteint, tous rangs confondus, 31,2 ans (figure 1.6), soit un âge proche des
projections de 2021 (31,1 ans en 2025). Les projections de population de 2021 avaient retenu un âge moyen
plafond à 33 ans, atteint en 2052.
Figure 1.6 – Évolution de l’âge moyen à l’accouchement en France
Champ : France hors Mayotte jusqu’en 2013 et France à partir de 2014. Sources : Insee, projections de population 2021 ; estimations de population et statistiques d'état civil.
3 Pointet J. (2025), « Un premier enfant à 29,1 ans en 2023 : un âge qui continue d’augmenter », Insee Première n°356.
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Entre 2014 et 2024, l’âge moyen à l’accouchement augmente dans la quasi-totalité des départements. En
2024, il est le plus élevé à Paris (34,4 ans) ; il est le plus faible en Guyane (28,9 ans) pour la France et dans les
Ardennes (29,1 ans) pour la France métropolitaine.
Entre 2013 et 2023, l’âge moyen à l’accouchement augmente dans tous les pays de l’UE (sauf en Slovaquie où
il est stable). En 2023, il est de 31,2 ans dans l’ensemble de l’UE (contre 30,3 ans en 2013) ; il est le plus élevé
en Irlande (33,2 ans), et est le plus faible en Bulgarie (28,2 ans) (figure 1.7). Les pays de l’UE connaissant une
évolution de la fécondité similaire à celle de la France (Belgique, Finlande, Irlande et Suède) ont tous un âge
moyen à l’accouchement plus élevé que la moyenne européenne alors que celui de la France (31,0 ans en
2023) reste encore inférieur à la moyenne de l’UE.
Que ce soit au niveau départemental ou au niveau des pays de l’UE4, il ne semble pas y avoir de lien évident
entre l’intensité de la fécondité et l’âge moyen à l’accouchement (figure 1.7).
Figure 1.7 – Indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) et âge moyen à l’accouchement dans l’UE en 2023
Champ : Union européenne à 27 pays.
Sources : Insee, estimations de population et statistiques d’état civil pour la France. Eurostat pour les autres pays.
4 Thélot H. (2025), « Les naissances en 2024 : Des naissances toujours en nette baisse », Insee Focus n°357.